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Chef-lieu d'une dynastie locale

   On devait attendre le milieu du XIIè siècle pour que Tunis ait pu s'ériger d'abord en chef-lieu d'une principauté locale, celle des Bani Khorassan puis en capitale de la province Ifriqiyenne du califat almohade de Marrakech (1160-1229 J.C.), et enfin, capitale de la dynastie des Bani Hafs (Hafsides) de 1229 à 1574 J.C. . Avec la Sicile dont elle n'est séparée que par un couloir large de 140 km, elle contrôlait le passage entre les deux rives occidentale et orientale de la Méditerranée, avantage considérable du point de vue du commerce international.
Les républiques italiennes florissantes à l'époque : Pise, Gênes ,Florence, Venise …, Marseille et certains comptoirs espagnols tels que Barcelone, entretiennent avec elle un important trafic de produits de luxe destinés à satisfaire les besoins d'une cour et d'une aristocratie militaire, agricole et mercantile.

   Autour de la grande mosquée, s'étalaient des souks nombreux où se faisait le négoce de denrées précieuses : tissus de soie , parfums, livres , maroquinerie…. Tandis que les produits moins " nobles " , polluants ou produits du terroir étaient fabriqués ou vendus à l'extérieur des portes, dans ce qu'on pouvait appeler déjà les faubourgs :Tanneurs, Alfatiers (halfaouine), Tabbanine (pour le foin) , Rahbat al-Ghanam (place aux moutons), Morkadh (place aux chevaux) etc.… cette prospérité qu'on soupçonnait à travers les récits des voyageurs arabes ou européens tels que l'Egyptien Abdelbasit Ibn Khalil ou l'Andalou Al-Abdary ou Brugeois Adorne...
Capitale d'un royaume
    Tunis passait sous les Hafsides pour une grande ville (au XVè siècle, sa population est d'environ 100.000 habitants), agréable, assez bien défendue par des remparts et une citadelle, la kasbah, où résidait le sultan quand il ne se trouvait pas dans l'un de ses parcs extérieurs de Ras tabia ou d'Ahou Fihr .
    Du haut des douze marches de sa grande mosquée, la Zitouna, on pouvait voir I'arsenal de Hassane ainsi que le port et le lac dont les berges n'étaient pas aussi éloignées des portes de la cité que de nos jours et plus précisément de la porte orientale : Bab Al-Bahr (Porte de la mer, Bab Al-Jazira au Sud, Bab Souika au Nord, Bab Carthagenna au Nord-Est et Bab Kadhra à l'Ouest, constituaient les quatre autres ouvertures connues.
   D'éminents savants dont Ali Ibn-Ziyad avaient, depuis le XIè-XIIè siècles, professé dans sa grande mosquée, vulgarisant en Ifriqiya le rite malikite, avant même que Souhnoun ne s'en fit le porte étendard. L'activité architecturale sans précédent connue fit de la petite ville khorassanide, une capitale digne des grandes villes de l'époque et surtout digne de la dynastie des Hafsides que le sultan Abou Abdallâh Al-Mustansir érigea.
Foyer religieux et intellectuel
     Capitale politique et économique du grand royaume des Hafsides (l'Ifriqiya, en plus de la Tunisie actuelle, groupait les provinces de Tripoli à l'est, de Bougie et de Constantine à l'Ouest),Tunis était également un grand foyer religieux et culturel. Cinq nouvelles grandes mosquées à Khotba vinrent s'ajouter à la Zitouna dès le XIIIè siècle (mosquée de la Kasbah à l'Ouest, mosquée Abi-Mohammad au Nord, mosquée Bab Al-Jazira barrani au Sud, mosquée Taoufik au Sud-Ouest, mosquée Bab al-Bahr ). Des médersas (collèges, à la fois pour le logement et l'enseignement des étudiants) dont la première d'Afrique du Nord est la Chammaiya construite par le fondateur de la dynastie Hafside en même temps que la mosquée de la Kasbah
(vers 1230 J.C.), des zaouïas (mausolées, lieux de sépulture de saints personnages et de dévotion populaire), des kouttabs (écoles coraniques), des fontaines publiques, des hammams et d'autres fondations pieuses ou d'intérêt public témoignent de l'essor considérable de la civilisation ainsi que du renouvellement constant du style architectural.
   Le courant occidental intense au XIIIè siècle grâce à l'arrivée massive des Andalous chassés d'Espagne, fut fortement concurrencé, à partir du XVè siècle, par l'apport égyptien.
     De nos jours encore, on peut admirer les monuments typiquement almohades ou andalous comme le minaret et la coupole de la mosquée de la Kasbah ( XIIIè siècle), la zaouïa de Sidi Quasim al-Jalizi (xve siècle) ou de nette influence orientale comme la midha du sultan (salle d'ablutions) (XVè siècle) ou de style syncrétique tel que la médersa Chammaiya (XIIIè siècle) ou Montasirya ( XVè siècle) ou la mosquée d'Al-Hawa (XIIIè siècle) construite sur instructions de Atf, épouse d'Abou Zakariya, fondateur de la dynastie hafside.

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