| A partir de 1865, Carlotta Fasciotti
achète le plein de charrettes de gravats
afin de combler son terrain. Peu à peu,
un vaste domaine de près de 13 hectares
est en partie gagné sur le lac. Madame
Fasciotti puis, ses enfants ont géré
ce bien immobilier jusqu'en 1951. le rôle
de cette famille dans la conquête de nouveaux
espaces est donc central, car il permet de répondre
à l'absence de terrains constructibles,
les autres étant figés par leur
statut de biens habous. Cette propriété
dénommée " Carlotta Fasciotti-Gnecco
", est immatriculée le 17 février
1897; lors de l'inscription, il est indiqué
sur le titre que de nombreuses constructions
et des rues privées sont présentes
sur le terrain. La propriété est
également bordée de treize propriétés.
Dans l'attente d'éventuels acquéreurs,
Carlotta Fasciotti autorise la construction de
petites maisons sur son domaine, en échange
d'un loyer modique. Ces logements ne doivent pas
posséder d'étage et doivent être
détruits après l'expiration du bail.
Ainsi, des centaines de maisonnettes d'une pièce
ou deux recouvrent la partie basse de l'avenue
de la Marine entre 1865 et 1900. Par la suite, l'installation
du port dans cette partie de la ville accentue
ce phénomène d'occupation du sol.
Des centaines d'ouvriers, principalement siciliens,
s'installent à proximité des entrepôts
et des ateliers, le quartier prend alors un caractère
bien particulier, à tel point qu'on le
nomma là encore la Sicile, les enfants vivent
dans la rue, parlent l'arabe mais aussi le français.
La ville est proche d'une urbanisation
non maîtrisée, voire spontanée.
Les maisonnettes construites par les ouvriers et
les dockers sont des maisons de fortune, les matériaux
et les techniques de construction sont rudimentaires.
De plus, la municipalité n'engage que progressivement
la viabilisation des rues dans la Petite Sicile.
Les différents plans de la ville attestent de
l'avancée progressive de la ville sur le
lac (les plans de 1881, 1899, 1904, 1927 et suivants).
La constitution de ce quartier est à la
croisée d'initiatives privées et
publiques, mais dont l'identité est forgée
par le groupe social qui l'anime : les immigrants
pauvres du sud de l'Italie, les sardes et les
siciliens.
La parcellisation du quartier, naissance de la
ville légale.
A partir de ce même titre foncier de propriété,
on peut comprendre quels ont été
les objectifs poursuivis dans la gestion du patrimoine
de la famile. La propriété a été
immatriculée sous le titre foncier 2929
le 17 février 1897, soit quinze ans après
la promulgation de la loi foncière qui
permettait ce genre de protection immobilière.
Comment expliquer un tel délai. La source
permet d'avancer plusieurs éléments
de réponse : le décès des
époux Fasciotti est sans doute un premier
élément. Carlotta Fasciotti-Gnecco
décède le 28 janvier 1898 à
Hammam-lif et son époux, le 8 mars 1898
à Rome. D'autre part, on apprend sur le
titre que les Fasciotti ont concédé
en 1897 à l'Etat Tunisien, 6 parcelles de
terrain, en contrepartie d'une viabilisation de
certaines portions de la propriété.
Dans un délai de six mois précédant
cette tractation, l'eau et le gaz devraient être
installés. La concession précise
que la viabilisation des rues sera financée
par la taxe locative au fur et à mesure
de la vente des terrains. Un délai de dix
ans est fixé par la municipalité,
au-delà duquel la contribution de la mise
en viabilité sera exigible sur l'ensemble
des terrains, même ceux qui n'auront pas
été vendus. Les premières
ventes de parcelles, contractées dès
le mois de mars 1898, répondent donc à
la volonté de ne pas supporter la totalité
des frais d'équipement du quartier. Sans
nul doute, l'inauguration du port de Tunis en
1893 a forcé les propriétaires à
se protéger de l'extension des activités
industrielles. Enfin, en 1900, l'installation
de l'hôtel de la Municipalité, avenue
de carthage, a donné de la valeur aux terrains
et a permis de fructueuses transactions. Ce titre
est resté entre les mains de la même
famille Fasciotti jusqu'en 1951, date à
laquelle il est intégré au capital
de la société immobilière
" Maroc-Tunisie " dont le siège
social est à Casablanca. Par cet apport,
le propriétaire Carlo Fasciotti, avocat
puis diplomate, devient acquéreur de 48
000 actions de 1 000 francs chacune soit 48 000
000 francs. Même si la propriété
ne comprend plus à cette date que 2 hectares,
la valeur atteinte est considérable.
Les ateliers et habitations du quartier de la
Petite Sicile datant de la fin du XIXe et du début
du XXe siècle, sont actuellement démolis pour
laisser place à des bureaux ou à
des commerces. La structure interne du quartier
est modifiée. Ce qui faisait encore l'identité
de la Petite Sicile disparaît, les garagistes,
ferrailleurs, ateliers de mécanique ferment
les uns après les autres.
Depuis février 2001, un concours d'urbanisme
et d'aménagement a été lancé
par la Municipalité de Tunis afin de remodeler
cette partie de la ville, s'inscrivant dans un
vaste projet d'aménagement et de développement
de Tunis-sud. Il est question de créer
un pôle commercial tertiaire et résidentiel
de haut standing autour du port de Tunis et sur
la presqu'île de Madagascar.
C'est un vaste ensemble immobilier qui doit
donner " un nouveau visage au centre de Tunis
" 1. la proximité de l'avenue Bourguiba
permettrait d'étendre les activités
tertiaires du centre ville.
* Source : Christophe GIUDICE, Revue Correspondances
n° 70.
1. Abdelkafi, J., " Tunis et son lac, une
ville nouvelle en gestation au cur de l'agglomération
"
2. Loth, G., Le peuplement italien en Tunisie
et en Algérie
3. Loth, G., op. Cit., p. 334
4. En 1941, Clara Fasciotti décède
sans laisser d'héritier, c'est son frère
Carlo qui devient l'unique propriétaire.
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